Les stades Lumpinee ou Rajadamnoen sont à Bangkok ce que le Yankee Stadium est à New York ou ce que le Maracana est à Rio de Janeiro. Dans ces deux arènes se déroulent des combats de Muay Thai, le sport national thaïlandais souvent appelé la « Boxe Thaï ». Bangkok est, en effet, le temple de la Boxe Thaï. Si le Muay Thai est le sport national thaïlandais, en réalité, il est plus que cela. Le Muay Thai est un art martial culturel ancré dans une longue tradition. Il est appelé le « sport des rois », ces derniers ayant joué un rôle important dans la promotion et le développement du sport. Le roi Sri Saan Petch lui-même se déguisait et participait à des tournois, ce qui lui valut le surnom de « Roi Tigre ».

A l’origine de cet art martial, une pratique militaire destinée à répondre aux agressions extérieures et également pratiquée par les rois. Au 16ème siècle, le Muay Thaï est intégré à l’entraînement militaire. Et au 18ème, il devient un sport national. Le développement de ce sport sur le plan international se passe durant la seconde partie du 20ème siècle. En effet, les soldats thaïlandais stationnés sur différents théâtres d’opération emporteront leur pratique avec eux et l’enseigneront à leurs camarades étrangers. C’est ainsi que les Européens découvrent le Muay Thaï, surnommé  « le sport d’Orient » par les Français.

Plus qu’un sport, le Muay Thaï un art. Dans le Muay Thaï, le corps est utilisé comme arme : les mains deviennent épée ou poignard, les avant-bras raffermis par l’entraînement deviennent blindage pour encaisser les coups, le coude est un marteau qui tombe sur l’adversaire pour ne citer qu’eux. Appelé « l’art des 8 membres », il compte huit points de contact. Coups de genoux, de coudes, coups de pieds sont autorisés. Une grande différence avec boxe occidentale, qui n’a que deux points de contact : les deux poings.

Les matches sont entourés d’un cérémonial imprégné de culture bouddhiste, et sont en conséquence, très ritualisés. Notons que les premiers enseignements de ce sport ont été dispensés par des moines bouddhistes.

En préambule, les boxeurs entament une série de rituels qui commencent par des excuses présentées à la déesse de la terre, pour le bruit entourant le match. Ils enchaînent ensuite avec un hommage à leur « maître » ou entraîneur. C’est le « Wai Kru ». Au-delà, il s’agit d’un hommage aux parents, aux ainés et au roi. Un échauffement appelé le « Ram Muay » consiste à donner un aperçu de son talent et de ses techniques. Tout ce rituel est accompagné d’un orchestre qui joue de la musique traditionnelle thaï, sur fond de percussion, flute et cymbales. Les boxeurs portent les brassards et bandeaux traditionnels, appelés « Mongkhon », porte-bonheur et objets sacrés. 

J’imagine déjà ce qui vous traverse l’esprit : comment se retrouvent associés des moines bouddhistes et un sport en apparence violent ? La réponse se trouve dans le passionnant travail de recherche sur la Boxe Thaï de l’anthropologue Stéphane Rennesson. Il explique comment le Muay Thai est proche du bouddhisme par les valeurs morales. Pour lui, les boxeurs thaïs « pratiquent respectueusement un art de défense nationale ». De plus, « le principe de la boxe thaï n’est pas seulement de détruire son adversaire, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Le combat doit être aussi l’occasion pour le boxeur d’acquérir, de montrer et de mettre en pratique ses valeurs morales. Ainsi le bouddhisme theravada apporte des idées de contrôle de soi qui s’accordent bien avec la pratique du boxeur. En résumé, boxer c’est aussi être un bon bouddhiste ». 

Retransmis par la télévision, ces événements populaires n’échappent cependant pas aux envies de pronostics de la part de passionnés. D’ailleurs, là Macau est devenu le Las Vegas d’Asie, la Thaïlande est, quant à elle, devenue un eldorado pour les joueurs de poker en ligne. Une alternative aux stands de tickets de loterie nationale ?

Alors où assister à un match ? Une alternative pour ceux qui ne veulent pas se rendre aux mythiques stades de Lumpinee Boxing Stadium (pour 500 – 1 500 Baht) ou au Rajadamnoen (1 000 – 2 000 Bath) et payer, il y a les matches gratuits, les « Fight Nights du MBK » qui se déroulent dans le Centre Commercial de Bangkok (à prendre au second degré;).

Vous avez envie de vous lancer ? Trouvez un gymnase local ou utilisez un pass sportif comme le GuavaPass, qui marche à Bangkok mais aussi Dubai, Hong Kong, Singapore…

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